Le Salon de la Data et de l’IA s’est tenu le 22 septembre 2026 à Nantes. L’Afigéo y était présente, ainsi que d’autres membres de l’association en tant qu’exposants ou participants (IGN, Isogeo, Koumoul, Nantes Métropole, par exemple). C’est donc l’occasion de revenir sur les principales tendances qui ressortent de cette édition, grâce à la synthèse proposée par Benjamin CHARTIER Opteos / Afigéo.
L’IA a été un sujet omniprésent dans les salles de conférence du salon, de la même manière qu’il l’a été pour les GeoDataDays 2026. Il l’était déjà en 2025 ; chaque année, son adoption s’accroit et ses cas d’usage sont de plus en plus nombreux et complexes. Clairement, les systèmes d’IA ont franchi un cap : ils sont passés d’un rôle d’information et d’assistance à l’exécution des tâches pour le compte de leurs utilisateurs. Parmi les concepts inévitables cette année : agents (IA dotée d’une certaine autonomie pour accomplir sa tâche, sa mission), serveurs MCP (standard utilisé pour faciliter la prise en main de données et d’outils par des modèles d’IA) et harnais (couche logicielle qui transforme un LLM en un agent).
Pour autant, comme aux GeoDataDays 2026, les systèmes d’IA ne s’imposent pas sans soulever des questions éthiques : confiance, sécurité, responsabilité, souveraineté, transparence algorithmique, explicabilité, impact environnemental et sobriété, par exemple. Il ne fait pas de doute que les gros titres relatifs à l’IA au cours de l’été 2026 ont participé à renforcer des inquiétudes variées. En effet, plusieurs « incidents » ont révélé la difficulté des grands fournisseurs de modèles d’intelligence artificielle à garder le contrôle de leurs agents numériques (à savoir, le piratage par des IA de Hugging Face et de sites gouvernementaux australiens), jusqu’à la publication d’une lettre ouverte, par ces mêmes acteurs, pour mobiliser la planète face au risque que représentent les IA en matière de cybersécurité et jusqu’à que certains d’entre eux travaillent à la mise en place de leur propre organe de régulation, à défaut d’une régulation mondiale.
Maitrise, contrôle et confiance
Parmi les défis à relever dans l’exploitation des IA, certains ont été plus évoqués que d’autres :
- la maitrise à différents niveaux : maitrise des sources d’information mobilisables, maitrise de la manière dont les tâches sont réalisées, maitrise également des couts de mise en œuvre qui s’avèrent de plus en plus élevés.
- la confiance : confiance dans les résultats obtenus, mais aussi confiance dans la manière dont les informations sont exploitées (par exemple, en matière de confidentialité).
S’agissant de la maitrise des résultats des IA, les organisations mettent en place différents outillages et stratégies.
- mettre en place des serveurs MCP : ils peuvent exposer des modèles de prompts qui permettent de guider les agents IA dans l’usage des outils qui sont mis à leur disposition, ainsi que des skills décrivant comment réaliser des tâches ;
- contraindre le corpus des sources mobilisable, par exemple à l’aide de la technique du Retrieval-Augmented Generation (RAG) ;
- stocker les connaissances dans des bases de données structurées et l’interroger via des mécanismes évitant les biais des LLM (reformulations, approximations, hallucinations) ;
- contraindre la forme de la réponse (par exemple, en demandant à l’IA de compléter les trous d’un modèle préétabli) ;
- conserver un humain dans la boucle (pour comprendre, surveiller et évaluer les résultats) même s’il est tentant de confier tout ou partie de ces tâches à d’autres IA.
Toujours en lien avec la confiance, mais sans qu’il s’agisse d’IA, le Groupe Crédit Agricole a présenté sa démarche de mise en place d’un Data Marketplace en interne au groupe. L’idée étant de valoriser les données produites par les entités du groupe, de les partager et d’en assurer une réutilisation par d’autres entités du groupe dans un cadre de confiance (cadre établi à l’aide de data contracts). Les principes de cette démarche se rapprochent beaucoup de ceux sur les lesquels s’appuient les espaces communs de données promus par l’Union européenne (sujet d’actualité au sein du collectif CICCLO animé par l’Afigéo, soit dit en passant).
La place de la géo
Le monde du géonumérique était présent au Salon de la Data et de l’IA, en particulier avec une représentation de l’IGN, Isogeo, Koumoul, ou d’autres acteurs travaillant en partie dans ce domaine, comme l’INSEE, data.gouv.fr, ATOL CD et Huwise notamment.
Les interventions disponibles sur Youtube concernant l’information géographique :
- Conception d’un catalogue de données open source au service de la gouvernance des données à la DREAL
Jumeaux numériques territoriaux
Constance Nebulla, en tant élue locale, a témoigné sur l’apport du programme de territoire intelligent de la métropole d’Angers et de son jumeau numérique dans le domaine de la gestion de crise en inondation. Les analyses prédictives réalisées, en intégrant des scénarios du GIEC et en se connectant avec Vigicrues aux données temps réels, ont permis de fournir, en direct, aux gestionnaires des situations de crise, les informations nécessaires à la prise de décision et aux interventions. D’autres cas d’usage ont été évoqués en lien avec le climat : ilots de chaleur et de fraicheur urbains.
L’IGN a également présenté quelques cas d’usage de la plateforme de jumeaux numériques JUNN dans le domaine forestier (dans le cadre d’une collaboration entre l’IGN, le CNES, l’INRAE et l’ONF sur le territoire de la métropole Nice Côte d’Azur). Au programme : diagnostics et simulations mettant en œuvre des jeux de données variés dans un contexte de dérèglement climatique. L’IGN en a également profité pour lancer un appel pour contribuer aux usages et solutions autour de JUNN.
Pour ceux qui aiment prendre du recul
Pour finir, une mention spéciale à deux présentations qui sortent du lot :
- L’étrange histoire de l’aquaponey ou comment les algorithmes nous bouffent le cerveau. Présentation réalisée par Sylvain Montmory qui nous offre un magnifique panorama des manipulations dont nous pouvons être victimes dans notre quotidien numérique boosté à l’IA ! Intervention difficile à résumer ; à regarder lorsque cette vidéo sera mise en ligne sur la chaine YouTube de l’évènement.
- Pépite sans intelligence artificielle : Des graphiques inhabituels pour booster votre compréhension. Belle illustration par Line Ton That du groupe La Poste qu’il est possible de trouver des solutions innovantes en s’appuyant sur un cerveau humain, sans oublier les savoir-faire et connaissances hérités du travail du géographe Jacques Bertin sur la sémiologie graphique.
Santé mentale
Cette conférence a été l’occasion d’aborder de nombreux sujets liés à la donnée et à l’IA, y compris des sujets auxquels on ne préfèrerait pas penser. En témoigne le sujet de la santé mentale :
- Santé et bien-être numérique : la sobriété comme déterminant de la santé urbaine
Ces interventions font écho à une autre réalisée le 5 octobre lors de la QGIS User Conference 2026 : Santé mentale et Open Source, un sujet délicat pour les ingénieurs par Vincent Picavet d’Oslandia.
Un grand merci aux organisateurs qui réussissent, chaque année, à réunir une large communauté autour de la donnée lors d’un évènement gratuit et dont les conférences peuvent être suivies en ligne.