Afigéo est partenaire Ecolab. Dans le cadre de ses missions pour l’Afigéo, Benjamin Chartier (Optéos) propose une synthèse de cet évènement organisé par le Commissariat Général du Développement Durable le mardi 31 mars 2026.
Il est sobrement présenté que un rendez-vous « autour de la donnée, de ses usages et des apports de l’intelligence artificielle dans les politiques publiques du pôle ministériel Transition écologique, Aménagement du territoire, Transports, Ville et Logement ». Les ressources vidéos sont en ligne: Journée de l’IA et de la donnée.
Le programme très riche de cette journée s’est composé de retours d’expérience illustrés, de présentations de réalisations innovantes et de tables rondes permettant de croiser les points de vue, attentes et expertises dans des domaines variés. Les participants en présentiel à cet évènement ont pu également interagir avec les intervenants dans un espace dédié à des démos.
La place de l’IA dans le paysage des services de l’État
En introduction, Thomas COTTINET, Directeur Ecolab, a insisté sur 3 axes de développement de l’usage des données et de l’IA par ECOLAB :
- l’IA et la donnée pour les politiques publiques : ouverture de données, en particulier environnementales, au profit des politiques publiques avec comme illustration significative la mise en place du portail ecologie.data.gouv.fr qui offre des bouquets de données et une centaine d’indicateurs, documentés, reproductibles et réutilisables.
- l’IA pour la modernisation des services publics avec la mise en place d’IA génératives et d’IA conversationnelles exploitant les ressources de l’administration publique. En parallèle de la mise en place de ces systèmes, d’autres actions visant à mettre en place un écosystème d’outils et de services vertueux, y compris avec le secteur privé, ont été lancées. Ont été citées la fiche d’achat responsable de solutions d’IA et une cartographie des acteurs impliqués dans l’IA avec un volet consacré aux entreprises (un peu moins d’une centaine) qui fournissent des services pour la transition écologique, en collaboration avec HubFrance IA.
- l’IA et la frugalité. La France et l’Europe sont bien placées et motrices dans le domaine, avec, en particulier, la volonté de définir des référentiels dans le domaine du numérique responsable : Mission Interministérielle Numérique Écoresponsable.
Une certaine fierté :
- fierté pour la France et l’Europe de ne pas être à la traine en matière de développement de systèmes d’intelligence artificielle, en particulier dans l’appui aux politiques environnementales et territoriales ;
- fierté que des établissements publics nationaux (Météo France et l’IGN, par exemple) se soient engagés rapidement dans la mise en œuvre de systèmes d’intelligence artificielle pour améliorer la qualité ou optimiser la production de données ;
- fierté que les services de l’État apprivoisent ces technologies et les mettent à disposition pour des usages au quotidien ;
- fierté pour la France de ne pas être dans le peloton de queue au regard de plusieurs indicateurs environnementaux ;
- fierté que la France et l’Europe se positionnent fortement sur les questions du numérique responsable et sur l’impact de son développement (à l’image des travaux du Conseil de l’intelligence artificielle et du numérique) : démocratie, souveraineté, environnement, notamment.
Une démarcation par rapport à d’autres évènements
Bien que l’IA soit l’objet de toutes les attentions depuis quelques années, cette technologie n’était pas le seul centre d’intérêt des interventions de la journée. La donnée reste le carburant essentiel des acteurs qui se sont succédé à la tribune. Il ressort de ces interventions que les deux principaux freins à la bonne évaluation des situations sur le terrain restent la difficulté d’accès aux données et le manque de qualité des données.
Un exemple frappant a été donné par l’entreprise Telescoop dans le cadre de l’analyse de la plantabilité d’arbres (en vue de réduire les ilots de chaleur) : même si le projet ia-rbre dans son ensemble a été monté pour mettre en œuvre des IA, sur ce sujet précis, il a été possible de convaincre que ce type de technologie n’était pas nécessaire ; un simple croisement de données dans un système d’information géographique suffit. Je retiens cette phrase : « La meilleure IA est celle que l’on ne met en place. »
Comme souvent, la nécessité de données de qualité pour alimenter les IA a été rappelée. Mais il a aussi été mis en évidence que les données ont aussi un rôle crucial pour contrôler les productions de ces systèmes. Ce besoin est particulièrement important pour les modélisations / prévisions de phénomènes qui ont un impact sur les territoires et pour lesquels il est besoin de comparer leurs résultats avec la réalité. Exemple d’un tel projet : PrevizO, en Région Centre-Val de Loire, qui vise à prédire les périodes de stress hydrique et à optimiser la gestion des ressources en eau. Pour répondre à de tels besoins, il serait nécessaire de développer massivement des réseaux de capteurs.
Quelques limites de l’IA dans les processus de traitement et d’analyse de données ont transpiré au fil de cette journée :
- Le leurre de l’automatisation complète et la nécessité de conserver ce type d’outil à un rôle d’assistance des agents (à prendre au sens de « utilisateur humain » ici).
- L’être humain a toujours une valeur ajoutée pour produire des mises en forme de données (dataviz et cartographie) pour une communication efficace en prenant en compte des éléments de contexte qui nous paraissent simples, mais qui peuvent être imperceptibles pour les machines : biais culturels, ambigüité de certains pictogrammes, par exemple. Les dataviz présentées par le SDES ont été particulièrement illustratives en la matière.
- Dans le cadre de l’initiative collective La république des cartes, le prototype de jeu de plateau d’Ubisoft (Cartes sur table), à base de cartes à jouer, qui propose de mettre autour d’une feuille blanche des êtres humains pour qu’ils dessinent une carte géographique de manière collaborative et dynamique avec des feutres/crayons est plutôt rafraichissante dans le monde brutal des machines.
Quelques enjeux marquants
L’un des premiers enjeux qui ressort de cette journée est celui de la confiance vis-à-vis des données et des traitements qui sont réalisés avec. Cette confiance touche d’autres préoccupations largement évoquées : la responsabilité environnementale (durabilité et frugalité ont été souvent citées) et sociétale. Mais cette confiance peut aussi s’entendre comme une nécessité pour les administrations publiques. Les décisions politiques doivent pouvoir être explicables et se justifier. L’explicabilité et la reproductibilité sont deux enjeux essentiels dans le contexte des travaux d’administrations publiques. C’est l’une des raisons pour lesquelles la place de l’humain, la qualité des données et la mise en œuvre d’IA qui ne sont pas de pures boites noires apparaissent comme des évidences ici.
Un autre enjeu majeur que l’on peut retenir est la construction de communs numériques. L’idée ici est de développer des données ainsi que des outils durables, partageables et réutilisables. Ainsi, on aura entendu parler à plusieurs reprises du besoin de structuration des données, de standardisation, d’ouverture, de mise en place d’API et surtout de réplicabilité (capacité à appliquer les travaux réalisés sur un territoire, ou un contexte particulier, à un autre). Dans cet ordre d’idées, le terme « espace commun de données » a aussi été cité.
En lien avec la confiance et les communs, la question de la souveraineté numérique a été évoquée à plusieurs reprises. Il est clair que ce sujet est devenu une préoccupation majeure pour bon nombre d’acteurs. Il ne fait aucun doute que le CGDD aurait préféré utiliser d’autres outils que Zoom et Youtube pour diffuser la captation de cette journée.
Conclusion
Cette journée a été très intéressante par la diversité des approches, des thématiques et des points de vue ainsi que par sa capacité à traiter aussi bien les enjeux stratégiques, les problématiques techniques singulières, les risques de différentes natures et le suivi au long court d’initiatives qui ont été lancées lors des précédentes journées de la donnée. En somme, un programme équilibré et de qualité, dans un contexte de développement équilibré du numérique par l’État.