La vie en région

Au niveau du paysage national, je considère les structures d’animation territoriale (« plateformes d’animation territoriale », « infrastructures de données géographiques »…) comme exemplaires dans l’organisation administrative française d’un point de vue de leur efficacité. Malgré la diversité de leur modèle organisationnel, elles sont des lieux de synchronisation des efforts collectifs autour du partage de la donnée qui apportent des bénéfices évidents au regard des investissements réalisés.

Le plus souvent basées sur des organisations légères et agiles, elles sont l’exemple même de démarches positives d’utilisation intelligente des moyens publics et de mutualisation. On constate malgré tout que ces structures sont encore méconnues au-delà de la sphère de spécialistes. Cela présente l’avantage pour elles de ne pas se retrouver au cœur d’enjeux politiques et de pouvoir, contrairement à d’autres domaines.

Mais aujourd’hui, les besoins de plus en plus forts en données géolocalisées pour le développement d’applications mobiles, la demande citoyenne vis-à-vis de la transparence de données publiques poussent le domaine de l’information géographique à prendre de l’importance. Ces évolutions et cette pression positionnent les structures d’animation territoriale au cœur des débats, mais j’appelle de mes vœux à ce qu’elles ne deviennent pas pour autant des « usines à gaz ».

Un des enjeux majeurs traités par la Commission animation territoriale du CNIG concerne la pérennité des structures. Le statut juridique de certaines plateformes ne facilite pas toujours les négociations autour des contractualisations financières 2014-2020. Il n’existe pas de solution idéale autour du portage juridique de ces structures, mais le CNIG s’interroge sur l’adoption possible d’un modèle unique en France.

L’autre réflexion concerne l’évaluation prochaine de la justification effective et quantitative de l’intérêt économique de telles structures. En termes d’évolution prospective, ces structures doivent imaginer des solutions innovantes, de nouveaux modèles, tout en conservant l’esprit de souplesse et d’agilité tournées vers les besoins des acteurs.

Comparativement à d’autres métiers, le domaine de l’information géographique dit « institutionnel » (secteur public) est à la pointe des aspects « mutualisation ». Mais il évolue à une vitesse différente du monde technologique qui nous entoure. D’un côté, les citoyens utilisent les GPS, les applications mobiles, participent à des cartoparties pour enrichir Open Street Map, à des fablabs, des startups innovent à partir de données géographiques lors d’hackathons, mais du côté des services SIG des collectivités, on constate un fonctionnement basé sur des schémas anciens, où les données ne s’échangent pas de façon aussi fluide. A terme, ces deux visions et façons d’appréhender la géomatique doivent se rejoindre en s’enrichissant mutuellement de cette double approche.

Les plateformes et le secteur de l’information géographique font face aujourd’hui à de nombreux chantiers : DT-DICT, Adresse, convergence cadastrale. Ces sujets concernent les missions traditionnelles des IDG (en réunissant des communautés d’acteurs pour partager l’information géographique, mutualisant les achats, tout en se conformant à Inspire). Mais elles doivent faire face à de nouvelles évolutions liées à l’ouverture des données, leurs modèles économiques et des relations avec le producteur national de référence : Institut National de l’Information Géographique et
Forestière (IGN). De plus les IDG doivent faire face à la convergence avec les technologies du Web : proposer de nouvelles expertises autour d’applications et de services innovants...

Pour cela, le dialogue avec les acteurs du privé, le grand public, doit aujourd’hui être plus marqué. Pour mieux faire connaître l’information géographique, l’effort sur la reconnaissance, l’identification des métiers doit être poursuivie. Le terme même de « géomatique » est mal connu alors que les besoins sont croissants ! D’une manière générale, peu d’élus s’intéressent au numérique. Les aspects technologiques font peur alors qu’ils accompagnent les stratégies d’aménagement des territoires, elles-mêmes au cœur des politiques publiques !

Philippe MUSSI
Président de la Commission Animation Territoriale du CNIG,
Membre de l’AFIGEO

Extrait de "L'information géographique au service de l'innovation des territoires - 13 élus témoignent ", AFIGEO - GéoBourgogne, 2014