Cette année, le geOcom, évènement annuel de la communauté geOrchestra, s’est tenu du 23 au 25 juin en Bretagne (Rennes), là où geOrchestra est né une quinzaine d’années plus tôt. Il était accueilli par Rennes Métropole.
Chaque année, le comité de pilotage de geOrchestra organise cet évènement qui permet à sa communauté de développeurs et d’utilisateurs (principalement les administrateurs de plateformes de données) de se retrouver, d’échanger et de faire progresser la solution. L’objectif est multiple : renforcer les liens entre ses membres, mieux faire connaitre la solution, ses possibilités, ses évolutions et la faire progresser (par le simple de recueil de propositions, de réactions ainsi que par du travail collaboratif lors du « community sprint » qui y succède).
Un des faits marquants de cette année est l’apparition de nouveaux modules. Il peut être utile de préciser que geOrchestra est pour l’essentiel un assemblage de plusieurs logiciels. Les plus connus sont PostgreSQL/PostGIS, GeoServer et GeoNetwork. Mais il en existe beaucoup d’autres : la console d’administration, MapStore et mviewer pour la partie cartographique, le Datahub pour une interface de catalogage des données plus orientée « données ouvertes »… Les plus aguerris d’entre vous pourront se faire une idée des modules disponibles en jetant un œil aux recettes de déploiement mises à disposition pour Ansible et pour Docker. geOrchestra se présente donc comme une solution modulaire et évolutive. Certains d’entre eux ont été développés spécifiquement pour geOrchestra alors que d’autres sont indépendants. La plupart des développements sont réalisés de manière plutôt décentralisée dans la mesure où ils ont été lancés et réalisés par des acteurs différents d’un projet à un autre. Cela se traduit à la fois par une certaine liberté et un fort dynamisme. Cela pose aussi la question de l’hétérogénéité des technologies mises en œuvre et des impacts négatifs que cela peut produire sur l’ensemble à plus long terme.
Parmi les nouveaux modules, on peut citer le Metadata Editor. Cet éditeur de métadonnées de données propose une interface simplifiée. Il est destiné aux utilisateurs qui ne sont pas à l’aise avec l’interface par défaut de GeoNetwork. En effet, cette dernière peut être perçue comme trop riche et complexe (en raison de sa capacité à prendre en compte de nombreux standards de métadonnées et leurs nombreuses subtilités). Ce nouvel outil, essentiellement développé par Camptocamp, repose sur GeoNetwork UI (projet visant à produire des composants exploitant les API de GeoNetwork qui peuvent être réutilisés pour construire des applications). Une autre application majeure développée sur la base de ces composants est le Datahub. L’activité autour du Datahub et du Metadata Editor témoigne d’un investissement important de Camptocamp autour de ce projet afin de proposer une gamme d’outils fondée sur une même couche technologique.
Autre module intéressant présenté lors de cet évènement : GAIA. Il s’agit d’un outil de contrôle de la cohérence et de l’intégrité des ressources publiées, développé à l’initiative du CRAIG. Car il n’est pas toujours facile d’assurer la cohérence des informations présentes à différents niveaux de cet assemblage d’outils : dans les métadonnées stockées dans GeoNetwork, dans les descriptions des couches de GeoServer, dans les configurations de cartes dynamiques, dans les sources de données… GAIA exécute des tests visant à contrôler la cohérence de cet ensemble et de mettre à disposition des administrateurs de données des rapports qu’ils peuvent exploiter pour corriger les anomalies relevées.
Pour finir sur le sujet de l’outillage, les présentations liées à l’intégration d’Apache Superset et de Grist, et les perspectives d’usage des IA basées sur des LLM pour les plateformes de données ont ouvert des horizons pour les administrateurs et les utilisateurs de plateformes.
geOrchestra est une solution logicielle dont l’objet est de construire une infrastructure de données. Initialement développée pour répondre aux obligations règlementaires européennes de référencement et de mise en ligne des données géographiques détenues par les autorités publiques, elle cherche à dépasser cette image très orientée vers les données géographiques, même si son cœur est fortement lié à GeoServer et GeoNetwork.
De manière générale, ce geOcom 2025 aura été marqué par les nombreux sujets relatifs à une meilleure prise en compte de l’environnement externe des plateformes geOrchestra :
- exploitation de ressources externes : Géoplateforme de l’IGN et OpenStreetMap ;
- prise en charge des fédérations d’identité de l’État : FranceConnect et ProConnect (développé sous l’égide du Collectif CICCLO, piloté par l’Afigéo) ;
- mise en place d’outils de saisie de données collaboratifs/contributifs : Grist, SurveyJS, GéoContrib ;
- mise à disposition d’outils en marque blanche pour les territoires ;
- prise en compte d’un public moins centré sur l’information géolocalisée : Apache Superset et Grist notamment ;
- échanges avec d’autres communautés : OpenStreetMap, mviewer, GeoNetwork UI et aussi les communautés Prodige et OneGeo Suite par le biais du Collectif CICCLO…
Dans la ligne des éditions précédentes, on a pu constater qu’une partie des contributeurs à geOrchestra aiment les défis techniques et les présentations qui nécessitent attentifs et de disposer d’un niveau de maitrise technique élevé. C’est aussi ce qui fait le charme de cet évènement : de nombreux administrateurs des plateformes de données qui utilisent geOrchestra ont contribué directement au code d’un des outils adoptés par la communauté. Quelques exemples : GAIA (le nouveau module de contrôle de cohérence des ressources publiées par la plateforme), mviewer (visionneuse cartographique simple et légère), plugin IDG pour QGIS. C’est aussi ce qui fait que cette communauté est très soudée et attachée à geOrchestra.
Comme pour les années précédentes, cet évènement a permis de constater le dynamisme et le niveau d’implication de la communauté geOrchestra pour valoriser et faire progresser cette solution : presque 30 présentations réparties sur 3 jours, sans compter les deux jours de community sprint qui ont eu lieu juste après. Peu de communautés logicielles arrivent à ce niveau d’animation et de mobilisation. C’est d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’une solution de niche disposant d’un nombre relativement limité de membres. Cela vaut bien un grand coup de chapeau.
Liens utiles :
- Les présentations du geOcom 2025
- La communication officielle proposant une synthèse de l’évènement de 2025 : geOcom 2025 – Ce qu’il faut retenir